CV mélangagier

1. Fondations épistémiques : rationalité scientifique et construction du sujet apprenant:

Mon parcours personnel et professionnel peut être analysé comme une trajectoire d’apprentissage continu, marquée par des ruptures structurantes et des réagencements identitaires successifs. Il s’inscrit dans une logique d’apprenance, où chaque étape devient un espace de construction de savoirs, de transformation des postures et de redéfinition du rapport au monde.

Ma formation scolaire initiale, à dominante scientifique, a durablement façonné ma manière de penser l’enseignement, l’apprentissage et l’action éducative. L’intérêt précoce pour les mathématiques, la physique et la chimie a favorisé le développement d’une pensée analytique fondée sur la rigueur, la modélisation et la résolution de problèmes. Cette orientation trouve un ancrage théorique dans l’épistémologie génétique de Jean Piaget, pour qui le savoir se construit à travers l’activité du sujet sur le réel, ainsi que dans les travaux de Henri Wallon, qui soulignent l’indissociabilité des dimensions cognitive, affective et sociale du développement.

Les apports de Lev Vygotski permettent d’approfondir cette lecture : si la connaissance se construit individuellement par l’expérimentation, elle est fondamentalement sociale, médiatisée par le langage, les interactions avec les pairs et le contexte culturel. Cette articulation entre autonomie intellectuelle et médiation sociale constitue un fil conducteur de mon parcours.

2. La mue enseignante : de la transmission à la responsabilité pédagogique:

L’exercice du métier d’enseignant pendant seize années constitue une première mue professionnelle majeure. Progressivement, je me suis éloigné d’une conception strictement transmissive de l’enseignement pour adopter une posture centrée sur l’activité de l’apprenant, la construction du sens et la responsabilité pédagogique.

Cette évolution s’inscrit pleinement dans la logique de la pratique réflexive telle que conceptualisée par Donald Schön, qui distingue la réflexion dans l’action, mobilisée au cœur même de la situation pédagogique, et la réflexion sur l’action, qui intervient a posteriori pour analyser, comprendre et transformer les pratiques. Cette double temporalité réflexive a structuré durablement ma manière d’enseigner, en faisant de l’acte pédagogique un espace d’expérimentation raisonnée plutôt qu’un simple lieu d’exécution de prescriptions.

Cette phase de mon parcours m’a également confronté à ce que Hannah Arendt nomme la banalité du mal :

« La triste vérité, c’est que la plupart du mal est fait par des gens qui ne se décident jamais à être bons ou mauvais. »

Dans le champ éducatif, cette idée éclaire les risques d’une reproduction routinière des pratiques, d’une obéissance passive aux normes et d’un renoncement à la responsabilité éthique du professionnel.

3. De l’accompagnement à la systémique : inspection, sport et apprentissages situés:

L’accès à la fonction d’inspecteur pédagogique marque une seconde mue significative. Le passage du rôle d’enseignant à celui d’accompagnateur des pratiques a renforcé ma compréhension systémique du champ éducatif. L’inspection est alors pensée non comme un dispositif de contrôle, mais comme un levier de formation, d’accompagnement et de professionnalisation des enseignants.

Parallèlement, mon engagement de plus de vingt-cinq ans dans le football, en tant que joueur puis entraîneur, constitue un espace d’apprentissage expérientiel fondamental. Le sport m’a permis de développer des compétences transférables aux contextes éducatifs : leadership, gestion de groupe, motivation, autorégulation et construction de la performance collective.

Ces apprentissages trouvent un éclairage théorique majeur dans la théorie socio-cognitive d’Albert Bandura, selon laquelle le comportement humain résulte d’une interaction dynamique et réciproque entre facteurs personnels, comportementaux et environnementaux. Le sentiment d’efficacité personnelle et l’apprentissage par observation y occupent une place centrale.

4. La mue réflexive et numérique : technique, savoir et responsabilité:

La reprise des études universitaires depuis 2016 constitue une mue intellectuelle majeure, marquant le passage d’un praticien expérimenté à une posture de praticien-chercheur. Ce retour à l’université répond à une volonté de théorisation de l’expérience, d’appropriation de cadres conceptuels et de structuration d’une pensée critique sur les pratiques professionnelles.

Dans ce contexte, le numérique s’impose progressivement comme un environnement transversal de l’éducation. Les travaux de Milad Doueihi permettent de penser le numérique non comme un simple outil, mais comme une transformation culturelle profonde des rapports au savoir, à la transmission et à la mémoire.

Cette réflexion est approfondie par Bernard Stiegler, pour qui la technique est constitutive de l’humain. Loin d’être extérieure au sujet, elle participe de son individuation psychique et collective. Cette approche relie de manière cohérente mon passé scientifique, mon présent numérique et mon rôle institutionnel d’inspecteur, inscrit dans l’usage d’outils, de normes et de dispositifs techniques.

  5. Conclusion:

L’ensemble de ce parcours peut ainsi être compris comme une trajectoire cohérente d’apprentissage et d’apprenance, où les expériences professionnelles, sportives, sociales et académiques s’articulent pour faire émerger un profil de praticien réflexif engagé, attentif aux enjeux éthiques, aux effets des techniques et capable d’interroger ses pratiques afin de contribuer de manière critique aux transformations contemporaines de l’éducation.