Créativité, éducation aux médias et translittératie à l’ère numérique
Introduction
L’article de Divina Frau-Meigs, publié dans la revue Quaderni, explore la place centrale de la créativité dans les systèmes éducatifs à l’ère numérique. Alors que les modèles pédagogiques traditionnels privilégiaient l’imitation et la reproduction mécanique, les mutations technologiques exigent désormais des compétences d’innovation et de création. Ce document analyse comment le numérique transforme les approches éducatives, en mettant en avant les concepts de translittératie et d’humanités créatives comme fondements d’une éducation adaptée au XXIe siècle.
La créativité reconsidérée
Historiquement reléguée aux marges du système éducatif, la créativité connaît un regain d’intérêt avec la révolution numérique. L’auteure en propose une définition plurielle :
- En psychologie différentielle (Lubart), elle désigne la capacité à produire des solutions à la fois nouvelles et adaptées.
- Pour Winnicott, elle s’ancre dans le « savoir-être » et s’exprime à travers des « phénomènes transitionnels » comme le jeu.
- Deleuze y voit un processus de « devenir », marqué par la déterritorialisation et la rupture avec les cadres établis.
Le numérique amplifie ces potentialités créatives grâce à la malléabilité des contenus (pixellisation) et à l’émergence de nouveaux outils collaboratifs. L’ordinateur n’est plus un simple outil, mais une véritable interface de co-création.
La translittératie : une convergence nécessaire
Face à la complexité des cultures informationnelles contemporaines, l’auteure défend le modèle de la translittératie, qui intègre trois dimensions complémentaires :
- Info-Média (analyse critique des médias)
- Info-Doc (gestion documentaire)
- Info-Data (maîtrise des données numériques)
Cette approche transversale s’appuie sur des compétences opérationnelles (coding, calcul), éditoriales (curation, publication) et organisationnelles (navigation, évaluation des sources). Elle favorise des modes d’apprentissage collaboratifs, combinant le « Do It Yourself » (DIY) et le « Share It With Others » (SIWO).
Les modèles pédagogiques en mutation
L’article oppose les anciens modèles éducatifs, centrés sur la transmission verticale des savoirs, aux nouvelles approches rendues possibles par le numérique :
- Le modèle participatif utilise les médias sociaux comme leviers d’engagement.
- L’étayage cognitif propose un accompagnement itératif, alternant phases de création, de rétroaction et de révision.
- Les humanités créatives émergent à travers des outils comme la visualisation de données ou l’analyse de réseaux, qui transforment la production des savoirs.
Enjeux et perspectives
Pour mettre en œuvre cette transformation, l’auteure plaide pour :
- Une refonte de la formation enseignante, intégrant la translittératie comme socle commun.
- Le développement d’espaces hybrides (fab labs, learning centers) combinant apprentissage formel et informel.
- La création d’une alliance SMILE (Synergies for Media and Information Literacy in Education) pour structurer la recherche interdisciplinaire.
Conclusion
Cet article souligne l’urgence de repenser l’éducation à l’aune des mutations numériques. En articulant créativité, translittératie et éthique des données, il esquisse les contours d’un humanisme numérique où la technique reste au service de l’émancipation individuelle et collective. Ces réflexions offrent des pistes précieuses pour concevoir des dispositifs pédagogiques adaptés aux défis contemporains, tant dans le domaine académique que professionnel.
