Bernard Stiegler : une pensée critique de la technique et du numérique

Philosophe français contemporain, Bernard Stiegler (1952–2020) a profondément renouvelé la réflexion sur la technique, la mémoire et le numérique. À travers une œuvre dense et engagée, il a montré que la technique ne doit pas être considérée comme un simple outil au service de l’homme, mais comme une condition constitutive de l’humanité elle-même. Son travail s’inscrit dans la lignée de la philosophie continentale, notamment à partir de Heidegger, Simondon et Derrida.

Son ouvrage majeur, La technique et le temps, en trois tomes (1994–2001), expose une thèse centrale : l’homme est un être technique, indissociable de ses prothèses et de ses supports de mémoire. Il y introduit la notion de rétention tertiaire, désignant les objets techniques (livres, enregistrements, écrans) comme supports de la mémoire collective.

Stiegler a aussi beaucoup écrit sur l’impact des technologies numériques sur la société, les savoirs, et la psyché humaine. Dans Dans la disruption. Comment ne pas devenir fou ? (2016), il analyse les bouleversements mentaux et sociaux causés par les technologies numériques, qui court-circuitent les processus d’individuation et de transmission. Il y défend la nécessité de « panser » les blessures ouvertes par la société de l’écran.

Son engagement pour une éducation renouvelée à l’ère numérique se manifeste notamment dans Prendre soin. De la jeunesse et des générations (2008), où il appelle à une politique éducative centrée sur le soin, la transmission et la revalorisation des savoirs.

Il développe également une critique de l’économie actuelle dans Pour une nouvelle critique de l’économie politique (2009) et L’emploi est mort, vive le travail ! (2015), plaidant pour une économie contributive, fondée sur la participation active des individus, à rebours du modèle consumériste.

Enfin, la pensée de Stiegler repose sur la notion ambivalente de pharmakon, héritée de Platon, qui désigne tout dispositif technique comme à la fois remède et poison. Pour lui, le numérique peut aliéner ou émanciper, selon l’usage que nous en faisons.

  Ouvrages clés :

  • La technique et le temps (1994–2001)
  • Ce qui fait que la vie vaut la peine d’être vécue. De la pharmacologie (2010)
  • Dans la disruption. Comment ne pas devenir fou ? (2016)
  • Prendre soin. De la jeunesse et des générations (2008)
  • L’emploi est mort, vive le travail ! (2015)

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