Issu d’une famille agricole profondément attachée à la terre, à l’eau et aux cycles du vivant, j’ai grandi dans un milieu rural éloigné de l’institution scolaire. L’école primaire se situait à plus de quatre kilomètres, tandis que le collège et le lycée étaient distants d’environ vingt kilomètres. Le quotidien scolaire était marqué par l’incertitude du transport, les départs à l’aube dans l’obscurité et les retours tardifs, toujours dans la pénombre. Ces contraintes, loin de m’affaiblir, ont forgé une discipline et une endurance qui ont profondément structuré mon rapport à l’effort et à l’apprentissage.
Malgré ces conditions éprouvantes, j’ai obtenu le baccalauréat en sciences expérimentales avec la mention Assez bien. Ce résultat m’a encouragé à nourrir de grandes ambitions académiques : intégrer des établissements d’excellence tels que l’IAV, l’ENCG ou la faculté de médecine. Toutefois, ces projets se sont heurtés à la réalité des listes d’attente. Je me suis alors orienté vers la Faculté des Sciences d’Agadir, une orientation souvent vécue, dans l’imaginaire familial, comme un renoncement.
C’est dans ce contexte qu’est survenu un premier tournant décisif : la participation, presque hésitante, au concours des instituteurs, sous l’insistance de mon frère aîné. Inscrit au centre d’Inezgane, malgré le nombre très limité de places, j’ai quitté la faculté après trois mois pour intégrer le Centre de Formation des Instituteurs d’Agadir. Ce choix, perçu initialement comme un « départ erroné », constituera en réalité la première rupture structurante de mon parcours.
